124ème Concours Général Agricole, Première !

En voilà une parfaite idée pour des papilles en plein apprentissage comme les miennes : s’exercer au Concours Général Agricole des Vins. Les vaches entrent en piste, les politiques aussi, et je tente de me frayer un chemin jusqu’à la file d’attente, lettre « C » dans le pavillon 2.1 de la Porte de Versailles, à Paris. L’expérience va bientôt commencer.

Le Concours Général Agricole, c’est une jolie histoire gourmande qui dure depuis 124 ans. Le Salon de l’Agriculture ne portait pas encore son nom que, déjà, les vaches recevaient des médailles. Il faudra attendre 1964 pour que le rendez-vous animalier prenne sa forme actuelle. Si, pour les papilles curieuses, le Salon de l’Agriculture est une opportunité de s’empiffrer de saucissons et de charcuteries corses à l’œil, le Concours Général Agricole est une aubaine pour les dégustateurs en herbe de mon espèce. Car les professionnels de la filière ne sont pas les seuls à prendre place dans la salle immense où se jouent les médailles que les consommateurs verront bientôt apparaître sur les bouteilles.

Cinq mois plus tôt…

Fin septembre, la partie « notes de mon agenda » me rappelle de me connecter au site Internet du Concours pour envoyer ma candidature. Objectif : participer à une des dégustations. Quelques lignes pour narrer ma motivation, et quatre renseignements administratifs plus tard, je peux choisir les vignobles pour lesquels je souhaite être juré. Il faudra attendre fin janvier pour connaître mon « affectation ».

C’est fait, je vais démarrer mon expérience de dégustatrice – disons à une échelle officielle, en jugeant les vins de la Vallée du Rhône et de la Provence. J’ai hâte ! Et, en même temps, quelle appréhension ! Mon expérience est-elle à la hauteur de ce Concours historique, qui fait office de référence pour nous, consommateurs français, mais aussi dans le monde entier ? Ces petites pastilles d’or, d’argent et de bronze, tout le monde les a déjà repérées au moins une fois en magasin.

Samedi 21 février.

François Hollande inaugure le Salon de l’Agriculture version 2015. 10h, je suis déjà sur le pied de guerre. Munie de mon badge marqué « Juré – Vins de la Vallée du Rhône », j’attends de partir à l’assaut de la table N°7. Les portes s’ouvrent sur une vaste salle où des tables rondes à six chaises seront le support des dégustations. Nous serons 1.500 à juger les nectars ce matin. Chacun cherche le bon numéro et découvre l’appellation qu’il déglutira ce samedi.

Pour cette première, je m’intéresserai aux vins de l’Ardèche. Ce choix fait écho à ma formation à l’Université du vin de Suze-la-Rousse, dans la Drôme, en septembre dernier. Car si la destination est une référence pour apprendre à déguster le vin, elle ne s’empêche pas de faire toute la lumière sur ses emblèmes régionaux.

vins de

Me voilà replonger cinq mois en arrière, sur les terres baignées de soleil entre Tournon et Aubenas. Les organisateurs ont dégainé 17 flacons, 6 blancs et 11 rouges. Nous serons cinq à juger la qualité de ces nectars, dont deux viticulteurs qui représenteront l’origine des étiquettes en lice. Car elle est là toute l’originalité du Concours Général Agricole : les professionnels de la filière se prêtent au jeu d’un débat face à des consommateurs avertis comme nous (nous serons deux dans ce rôle). La question phare qui doit animer les discussions est : qui décrochera les médailles d’or, argent et de bronze ?

Contrairement aux olympiades sportives, les métaux précieux peuvent être distribués à plusieurs étiquettes. Notre échantillon peut ainsi repartir avec plusieurs récompenses d’or, tout comme le palmarès ne peut prévoir aucun macaron de bronze. L’avenir de ces nectars est donc entre nos mains. Les flacons bénéficiant des médailles se vendant mieux, favorisées par des consommateurs à la recherche de points de repère pour faire le bon choix. Face à ces professionnels du vin, mon acolyte et moi, avec qui je viens de faire connaissance, représentons le goût du grand public et devons ainsi défendre la démocratisation de certains goûts, et non ceux standardisés par la profession.

Le discours du Président terminé, place à la dégustation. A l’attaque des blancs ! Le Sauvignon blanc est la star pour cette immersion dans l’IGP des vins de l’Ardèche. Les six flacons développent l’éventail de saveurs du cépage et la manière dont celui-ci peut être travaillé. On s’enivre (et on recrache !) très vite des parfums de ce raisin-roi. Les vignerons ont inscrit au concours des nectars équilibrés, élégants et homogènes. Pour autant, on ne peut pas dire qu’ils marqueront les premières annales de mon carnet de dégustation. Les trois couleurs de médailles seront tout de même attribuées.

Les rouges de l’Ardèche prennent le relais. Et voici le Merlot ! La feuille de dégustation doit faire apparaître une appréciation et une note pour chacun des vins. Les participants sont servis un peu trop frais, mais leur potentiel fruité s’impose sans difficulté. Les nectars dévoilent des notes de fruits noirs, rouges et parfois boisés. Peu d’entre eux sont des bouteilles à conserver pour vieillissement. Notre échantillon se prête volontiers à une consommation de l’instant. Il ne manque plus que la planche de saucissons en tout genre, et on n’oublierait presque qu’une foule se presse à l’extérieur pour rencontrer les vaches.

vins Ardeche concours general agricole

Mes papilles ont, quant à elles, distingué un vin parmi cette sélection. Impossible bien sûr de vous préciser son identité puisque toutes les bouteilles ne portent que des étiquettes numérotées. Mon goût se souvient de saveurs légèrement sucrées, sur les notes de fraises et de framboises. La fraise Tagada n’était pas bien loin. Et je n’ai pu m’empêcher d’imaginer le servir sur une jolie tarte au chocolat.

A notre table, nous n’avons pas eu de mal à nous mettre d’accord sur les vins à médailler. Et cette première au Concours Général Agricole s’est conclue sur la signature de la feuille d’émargement, validant l’attribution de nos macarons. Comme convenu par le règlement, la moitié de l’échantillon n’est pas repartie bredouille. Sachez que les vins en lice ont en effet déjà fait l’objet d’écrémages. Nous venons ainsi de déguster la crème de la crème lors de cette finale.

Dimanche 22 février.

Rebelote. Direction la Provence. Et pour cette deuxième salve de critiques, je m’en vais parcourir les saveurs des Côtes de Provence. Du rosé. Une couleur que j’apprécie, malgré les nombreuses critiques dont elle fait encore l’objet. L’œnologue à l’Université du Vin à la rentrée dernière m’a confirmé que le rosé était un vin complexe à appréhender sur le plan de la production. « C’est une couleur qui mérite qu’on s’y attarde car les vignerons qui se lance ce défi ont un travail délicat à mener » avait-elle raconté.

juré concours général agricole

Les hommes qui partagent la table de jurés ce matin confirment la difficulté à transformer le cinsault ou le grenache en un vin honorable et agréable. L’un d’entre eux débute à peine sa retraite et était à la tête du syndicat des Côtes de Provence. De concert avec un viticulteur du Var, il me raconte que l’arrivée de la technologie dans les chais a tout changé. La thermorégulation, c’est-à-dire le système permettant de maîtriser la température où repose le raisin, est une nouveauté qui a tout révolutionné.

Et à en croire les 20 échantillons devant nous, jurés, le rosé de Provence a encore pris du galon. Tous présentent des robes superbes, parfois scintillantes. Sauf rares exceptions, les nez sont de qualité et les bouches constantes. Les autres jurés, que j’écoute avec attention, reconnaissent le niveau élevé de ces nectars. Une homogénéité qui n’est pas sans conséquence : nous terminerons notre évaluation une heure après la fin officielle ! Les tables sont débarrassées que nous n’avons pas encore attribué toutes les médailles.  Difficile de différencier des vins qui embaument tous les papilles de saveurs citronnées, d’arômes floraux ou de pêches. C’est le jeu du Concours des Vins. Et l’on apprend très vite la tâche délicate d’un dégustateur professionnel. Car déguster vingt bouteilles différentes d’affilée est une chose. Garder en mémoire ces souvenirs olfactifs et dégustatifs pour noter au plus juste en est une autre. L’expérience est stimulante ! A l’année prochaine…

Joli souvenir pour cette première...

Joli souvenir pour cette première…

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